Une canicule qui révèle l’impréparation de l’État
L’épisode caniculaire de cette fin d’année scolaire met une nouvelle fois en lumière l’incapacité des pouvoirs publics à anticiper les conséquences du dérèglement climatique.
Alors que le nombre de victimes de la chaleur continue d’augmenter, les personnels de l’Éducation nationale ont poursuivi leur travail et les élèves ont passé leurs examens dans des établissements transformés en véritables fournaises. Vingt-trois ans après la canicule de 2003, les mêmes constats demeurent : bâtiments inadaptés, absence d’investissements, gestion improvisée.
La communication gouvernementale autour d’une prétendue « pause fraîcheur » ne saurait masquer une réalité : les établissements ont été laissés seuls pour faire face à la situation, sans moyens supplémentaires. Dans de nombreuses écoles et établissements, ce sont les équipes et les familles qui ont dû improviser en apportant ventilateurs, bouteilles d’eau ou autres équipements de fortune.
La CGT Éduc’action rappelle également que la canicule frappe plus durement les populations les plus précaires. À Clermont-Ferrand, dans les quartiers de la Gauthière et de Croix-de-Neyrat, des habitant·es ont installé des piscines au pied des immeubles afin de permettre aux enfants de se rafraîchir. Les pouvoirs publics ont choisi d’y répondre par des interventions policières plutôt que par la protection des populations.
La CGT Éduc’action apporte son soutien à la mobilisation du 30 juin exigeant la mise à l’abri de toutes les personnes sans logement et le déclenchement effectif du plan canicule.
Un rectorat qui renvoie chacun et chacune à se débrouiller
La CGT Éduc’action attendait du rectorat qu’il assume pleinement son obligation de protection des personnels et des élèves.
L’INRS rappelle pourtant que les risques pour la santé apparaissent dès 28 °C pour les activités physiques et 30 °C pour les activités sédentaires. L’employeur devrait donc être en mesure d’évaluer les températures réellement constatées dans les locaux et de mettre en œuvre les mesures de prévention adaptées.
Au lieu de cela, les réponses du rectorat se sont limitées à un traitement au cas par cas, renvoyant les équipes, les directions d’école et les chefs d’établissement à des arbitrages locaux sans cadre académique clair.
La CGT Éduc’action dénonce cette défaillance de l’employeur.
Les propos de la rectrice sur l’Outre-mer sont inacceptables
Pour justifier cette absence d’anticipation, Mme la Rectrice a affirmé qu’en Guyane, à La Réunion ou à Mayotte, des températures comparables étaient supportées toute l’année « et que personne ne s’en plaint ».
Ces propos sont inexacts et profondément irrespectueux.
Ils méprisent d’abord les collègues ultramarins qui dénoncent depuis des années les conséquences des fortes chaleurs sur leurs conditions de travail et réclament des adaptations des bâtiments, des horaires et du calendrier scolaire. Plusieurs organisations syndicales de Guyane (lire leur communiqué) et de Mayotte (lire leur communiqué) ont d’ailleurs publiquement dénoncé ces déclarations et rappelé qu’elles portent depuis longtemps ces revendications.
Ils conduisent ensuite à banaliser un risque sanitaire pourtant reconnu.
Le rôle d’un employeur n’est pas de comparer les difficultés des territoires, mais de protéger les personnels et les élèves partout où les conditions de travail deviennent dangereuses.
Les questions portées par la CGT Éduc’action
👉Lire l’intégralité des questions posées
À travers deux questions inscrites à l’ordre du jour, la CGT Éduc’action a demandé au rectorat :
- quelles mesures concrètes ont été mises en œuvre dans l’académie pendant les épisodes caniculaires de l’année 2025-2026 ;
- si une cartographie des écoles et établissements les plus exposés avait été réalisée conformément aux orientations ministérielles ;
- quelles mesures structurelles sont prévues pour adapter durablement les bâtiments scolaires aux épisodes de chaleur appelés à se multiplier ;
- selon quels critères une fermeture temporaire ou une réorganisation de l’activité pourrait être décidée lorsque les conditions de sécurité ne sont plus réunies.
La CGT a également alerté sur la situation des personnels vulnérables.
Lors du CSA académique spécial canicule du 22 juin, le rectorat avait indiqué que les personnels concernés devaient, pour se protéger, produire un certificat médical et être placés en arrêt maladie.
Cette réponse est inacceptable.
Elle fait peser sur les personnels les conséquences de l’inaction de l’employeur, tout en leur imposant une perte financière liée notamment au jour de carence. Elle est également susceptible d’entraîner des discriminations indirectes envers les femmes enceintes, les personnels âgés ou atteints de pathologies chroniques.
La CGT Éduc’action a demandé la mise en place d’Autorisations spéciales d’absence (ASA), des aménagements de poste et un protocole académique harmonisé garantissant une égalité de traitement sur l’ensemble de l’académie.
Un vœu pour protéger les personnels vulnérables
La CGT Éduc’action a présenté un vœu demandant que les personnels vulnérables puissent bénéficier d’une ASA sans perte de rémunération lorsque les fortes chaleurs rendent leur activité incompatible avec leur état de santé et qu’aucun aménagement n’est possible.
Le vœu demande également que le rectorat élabore un protocole académique garantissant une réponse homogène dans tous les établissements et respectant pleinement son obligation de protection de la santé et de la sécurité des agent·es.
Vœu CGT n°10 : relatif à la protection des personnels vulnérables lors des épisodes de fortes chaleurs
Le CSAA de l’académie de Clermont-Ferrand demande que les personnels vulnérables puissent bénéficier, lorsque les conditions climatiques rendent leur activité incompatible avec leur état de santé et qu’aucun aménagement de poste ou d’organisation n’est possible, d’une Autorisation Spéciale d’Absence (ASA) sans perte de rémunération.
Le CSAA demande également que le rectorat élabore un protocole académique harmonisé garantissant l’égalité de traitement des personnels face aux épisodes caniculaires, dans le respect de son obligation de protection de la santé et de la sécurité des agent·es.
Pour une véritable adaptation de l’École au changement climatique
Pour la CGT Éduc’action, les épisodes caniculaires ne relèvent plus de situations exceptionnelles.
Ils imposent des investissements massifs dans la rénovation thermique des bâtiments scolaires, la végétalisation des cours, l’installation d’équipements adaptés, l’amélioration de la ventilation, ainsi qu’une réflexion sur l’organisation scolaire lors des périodes de chaleur extrême.
La CGT Éduc’action continue et continuera d’exiger que la protection de la santé des personnels et des élèves soit enfin traitée comme une priorité.


