Le 11 mai : les protocoles vont à l’encontre du bien-être des élèves et du métier d’enseignant !

Blanquer a décrété que toutes les écoles devaient ouvrir leurs portes à partir du 11 mai. 

Il estime que 85% des écoles vont rouvrir. 

Pour garantir cette ouverture en pleine pandémie et avec la menace d’une seconde vague d’infection, des protocoles ont été élaborés, en toute hâte, afin d’assurer la “sécurité” sanitaire de nos élèves et des personnels. 

Ce protocole sanitaire pour les écoles élémentaires repose sur deux principes : la distanciation physique dite “sociale” et les gestes barrières.

La distanciation physique

Tout d’abord, le protocole du 4 mai 2020 explique que : “La règle de distanciation physique, dont le principe est le respect d’une distance minimale d’un mètre entre chaque personne, permet d’éviter les contacts directs, une contamination respiratoire et/ou par gouttelettes.

Cette première mesure, demande donc de faire respecter une distance physique d’un mètre entre toutes les personnes, personnels et élèves au sein de nos écoles. Ce principe est inapplicable avec les jeunes enfants et avec des locaux très souvent anciens et exigus  de nos écoles du Puy-de-Dôme. Il impose un aménagement extraordinaire digne d’un casse-tête chinois pour faire circuler élèves et personnels dans des couloirs trop petits, des classes mal agencées…Mais nous n’allons pas ici développer cette problématique.

La distanciation physique oblige nos élèves à maintenir en permanence une distance entre eux/elles. En tant que professionnels, nous devons expliquer que l’autre est potentiellement dangereux. Cet enseignement va à l’encontre des valeurs de l’école, de notre éthique professionnelle et de nos missions qui sont de sociabiliser, de rapprocher, de favoriser l’entraide… 

Lorsqu’un élève est triste, quel plaisir de voir un autre élève allait le réconforter, … Quand un élève tombe, voir un autre le relever…, lorsqu’un élève ne comprend pas un exercice, voir un autre lui venir en aide…

La distanciation physique, c’est donc aussi la fin du travail en groupe où les élèves cherchent ensemble, s’entraident, se stimulent. Ce travail de groupe fait partie des apprentissages fondamentaux que le décret du 31 mars 2015 définit : “L’élève sait que la classe, l’école, l’établissement sont des lieux de collaboration, d’entraide et de mutualisation des savoirs. Il aide celui qui ne sait pas comme il apprend des autres.” Avec la distanciation physique tout ceci vole en éclat.

La distanciation physique ne se fait pas seulement entre les élèves mais aussi entre les élèves et son/sa professeur.e.s, son/ses ATSEM… Nous devons donc mettre une distance avec nos élèves. Nous ne pourrons plus toucher leur cahier, avoir un contact rassurant, … Nous ne pourrons plus prendre un petit sur nos genoux ou le cajoler pour le consoler… Avec cette règle, les enfants de 3 à 12 ans devront être responsables d’eux-mêmes, de leur santé (pas de contact si leur nez coule ou s’ils se sont égratignés…), de leurs états d’âme (pas de câlin si la séparation avec papa ou maman est difficile surtout après 2 mois de confinement…), de leur compréhension (pas d’explication individualisée si l’élève ne comprend pas les consignes ou son erreur…)  … Lors des apprentissages, les enseignants sont obligés de s’approcher tout le temps des enfants, par exemple en graphisme pour leur apprendre à tenir leur crayon, à former les lettres…

Après le 11 mai, tout cela sera impossible ! L’école ne sera plus un lieu rassurant mais deviendra un simple lieu d’accueil de nos enfants où les personnels devront garder les élèves à distance.

Le port du masque

Deuxièmement, le protocole du 4 mai 2020 impose le port du masque : “ Le port d’un masque “grand public” est obligatoire dans toutes les situations où les règles de distanciation risquent de ne pas être respectées et notamment le cas des personnels intervenant auprès des plus jeunes.

A lire ce protocole, le masque nous permettrait donc de nous rapprocher UN PEU de nos élèves ! Sauf que les masques distribués ne sont en rien des masques de protection, ils empêchent le porteur de masque de contaminer les autres mais pas de se faire contaminer. Ils ne sont donc fonctionnels seulement si tout le monde le porte.  

Outre cet aspect sanitaire, et en admettant que nous supportions physiquement et mentalement d’avoir un masque toute la journée, nos élèves arriveront-ils à nous comprendre sans voir notre bouche, sans voir notre visage, sans voir nos mimiques faciales … ?

Que ressentiront les élèves les plus craintifs quand ils n’auront en face d’eux/elles qu’un visage masqué ? Saura-t-on les mettre en confiance, avec une mètre de distance et notre voix déformée ? 

Le masque, par ailleurs, interdira de nombreuses activités essentielles à l’apprentissage et faisant partie des programmes.

On pourrait en dresser toute un liste, mais voici quelques exemples :

  • Lire une histoire. Tout d’abord, le masque camoufle la voix la rendant moins audible, pas sûr alors qu’un enfant entendra suffisamment ! Mais surtout, finie la théâtralisation avec le masque.
  • Chanter, dire des comptines, faire parler des marionnettes, lire des poésies… ces activités demandent une gymnastique de la bouche et de la mâchoire quasi impossible avec un masque.

Pourtant le protocole conseille d’avoir recours à des chansons pour le lavage des mains, de faire des jeux de mimes,…

  • Le moment chaleureux de l’accueil ou le fameux “quoi de neuf ?” relèvent  là encore du domaine de l’impossible avec le masque; il est voué à être remplacé de toute façon par la séance de lavage des mains…  
  • L’apprentissage de l’anglais ou de la phonologie? également impossibles ! Lors des séances, le/la professeur.e se met en face de l’élève afin qu’il le/la regarde : voir la bouche, le placement des lèvres, de la langue, des joues… afin de reproduire les sons, répéter un mot ou une phrase.

En plus de garder à distance, le protocole impose à l’école de restreindre sa mission d’éducation et de formation.

La salle de classe

Le protocole du 4 mai 2020 stipule que “les salles doivent être aménagées de manière à respecter la distanciation physique d’au moins un mètre : 

(…) 

  • Éviter au maximum les installations de tables en face à face (malgré une distance supérieure à un mètre)

(…)

  • Limiter les déplacements dans la classe.”

Les élèves seront donc installés dans des salles réaménagées où chacun disposera d’une table individuelle distante des autres. Les élèves seront donc confinés dans un espace de 4m2, assis sur leur chaise ! Cette obligation relève de la torture pour les plus petits. Comment imaginer une journée entière, un enfant de 3 ou 4 ans immobile sur une chaise sans pouvoir se lever !?

Le protocole oblige aussi à enlever tous les “coins” pour les maternelles (plus de coin lecture, plus de coin dinette, plus de coin puzzle ou construction), plus d’ateliers collectifs. Il faut selon le protocole “retirer l’ensemble des jeux pouvant être manipulés à plusieurs (poupées, dinettes, jeux de constructions,…)” et à veiller à la “neutralisation des armoires et bibliothèques collectives”.

Que feront donc les petits enfants toute la journée ? … des fiches ? Ou bien il faudra fabriquer du matériel qu’ils utiliseront seuls ? Tout ce qui fait la socialisation de l’école maternelle – et c’est bien pour cela qu’elle existe – n’a plus lieu d’être.

Les plus grands devront eux aussi se passer du matériel éducatif collectif, des jeux, … plus de manipulation ! 

Les compétences obligatoires à transmettre seront donc impossibles. 

Côté culture, on nous conseille de ” privilégier les découvertes et la culture au travers des moyens audiovisuels (projection de visites virtuelles de musées, films,…)”. Ce sont certainement les seules séances qui auront le mérite d’être d’être réalisables face à un élève qui devra rester assis.

Le protocole des écoles élémentaire va à l’encontre de toutes les études sur le développement de l’enfant qui promeuvent des apprentissages par le jeu, par le partage, de l’autonomie dans la classe et par un usage limité des écrans.

La récréation

Ce moment essentiel dans la construction de l’enfant et tant attendu par eux afin de s’aérer, retrouver les camarades, se dégourdir les jambes et faire des activités libres n’aura lui non plus rien de drôle. Là-aussi, la distanciation interdit tout contact entre les enfants. Pas de loup touche-touche, pas le droit de s’assoir sur des bancs ou à même le sol, pas de ballon, pas de vélo… à moins de procéder à une désinfection après chaque utilisation.

Il n’y aura pas non plus d’utilisation des structures collectives, de jeux, en d’autres termes pas de toboggan, ni de cabane ou de balançoire…

Après avoir dû se contrôler en classe, même les récréations seront synonymes de contrôle et de monotonie. 

Ce protocole bride les enfants qui ont besoin de se défouler, de jouer et de liberté … les forçant à être en permanence sur leur garde et à se protéger de l’autre. 

Même les apprentissages sportifs sont “protocolés” et deviennent rigides.

Le sport 

Selon le protocole il faut ” limiter la pratique aux seules acti dites physiques de basse intensité si la distanciation physique propre aux activités sportives n’est pas possible. La distanciation doit être de 5 mètres pour la marche rapide et de 10 mètres pour la course.” Dans ces conditions le sport devient presque impossible. A cela s’ajoute le fait qu’aucun matériel collectif ne pourra être utilisé (à moins de le désinfecter à chaque échange). 

Éloigner les familles 

Ce dernier exemple, montre là encore l’aberration de ce protocole. Les familles sont nos partenaires dans la réussite des élèves. Leur implication est primordiale. Le lien physique entre l’enseignant et les responsables de l’élève permet de régler les problèmes de santé, de comportement ou de handicap par exemple. Dans le  protocole, on demande expressément de ” proscrire l’accès aux bâtiments à toutes personnes externes à l’école (parents, autres accompagnants,…)”.  

De plus, dans les classes maternelles, les parents amènent généralement les enfants au seuil de la classe. C’est rassurant pour eux et c’est un moment d’échange très appréciable, indispensable pour la prise en charge de l’enfant qui lorsqu’ils sont tout petits vivent la peur de l’abandon plus ou moins bien. 

L’ouverture des écoles le 11 mai, est pour la CGT educ’action 63 une aberration du point de vue sanitaire, pédagogique et pour le bien-être des personnels et des élèves.

Demander son application auprès de jeune public va à l’encontre des missions de l’école et du développement de l’enfant. Ce protocole est une maltraitance pour les élèves qui devront en permanence être sur le qui-vive afin de respecter les consignes de distanciation sociale et des gestes barrières. Les élèves seront en permanence contrôlés, réprimandés pour des choses qui ne le devraient pas. 

L’ouverture des écoles le 11 mai ne permettra pas de lutter contre les inégalités scolaires, mais ne fera qu’augmenter le malaise à l’école voir les phobies scolaires.

La CGT educ’action 63 exige :

  • la fermeture de toutes les écoles jusqu’en septembre afin de laisser le temps aux écoles et professionnels d’élaborer un protocole qui garantisse sécurité sanitaire et développement de l’enfant.
  • la création massif de postes de professeur.e.s, de Rased, de médecins et infirmièr.e.s scolaires, de psychologues, de AESH… afin d’envisager une reprise en septembre dans de meilleures conditions et avec des effectifs réduits en classe
  • un investissement massif dans les locaux souvent mal agencés, exigus, en manque d’espace ou de salle… afin d’accueillir les élèves dans des conditions acceptables.

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