AESH, PAS, école inclusive : ce qui se prépare concerne tous les personnels ! Toutes et tous en grève le 9 juin !

LE 9 JUIN, TOUTES ET TOUS EN ACTION !

10H00
-
Assemblée générale
(Maison du peuple / Clermont-Ferrand)

12H00
-
Rassemblement devant
le Rectorat de Clermont-Ferrand

LETTRE OUVERTE DES COLLÈGUES AESH

Cher.es collègues,

Nous, AESH, souhaitons vous alerter sur ce qui s’annonce concernant l’école inclusive et dont les conséquences risquent de modifier profondément vos conditions de travail comme les nôtres.

Après un énième rejet, en janvier dernier, d’une proposition de loi visant à donner un véritable statut aux AESH, le ministère a finalement ouvert des discussions dans le cadre de groupes de travail. Les organisations syndicales ont toutefois rapidement déchanté.

En effet, les pistes actuellement envisagées ne concerneraient que 10 à 20 % des AESH. Il ne s’agit pas de la fonctionnarisation de l’ensemble des AESH mais de la création de nouveaux métiers. Une orientation qui permettrait au ministère d’affirmer que la question du statut est réglée, alors même que l’immense majorité des AESH resterait dans la précarité. Quel cynisme !

Cette réflexion s’inscrit dans une évolution plus globale de la politique ministérielle. L’administration affirme vouloir développer l’accessibilité mais privilégie une approche essentiellement matérielle, au détriment de la compensation humaine pourtant indispensable à de nombreux élèves.

La mutualisation des moyens humains, déjà largement développée avec les PIAL, a conduit ces dernières années à un saupoudrage de l’accompagnement permettant d’augmenter artificiellement le nombre d’élèves suivis. Vos conditions de travail ont été impactées au même titre que les nôtres. Vous êtes confronté·es quotidiennement dans vos classes, au manque d’aide humaines, avec toutes les conséquences qui en découlent.

La généralisation des PAS (Pôles d’Appui à la Scolarité) (lire notre communiqué ici) risque d’entraîner une diminution des notifications d’aide humaine. Elle intervient alors qu’un récent rapport sénatorial insiste sur le coût des AESH. Oui, l’aide humaine a un coût, parce qu’être AESH est un véritable métier. Mais ce que cette aide apporte aux élèves, aux familles et aux équipes éducatives n’a pas de prix.

Les PAS instaurent un premier niveau de réponse avant toute éventuelle notification de la MDPH. Ils tendent à gommer la distinction entre difficultés scolaires et situations de handicap, remettant en cause la prise en compte de la singularité de chaque enfant et de ses besoins spécifiques.

Les postes PAS sont pris sur les moyens existants, il n’y a pas de dotation supplémentaire, cela se fait au détriment des RASED, des postes de coordinateurs/trices ULIS et des postes SEGPA.

Par ailleurs, ces dispositifs s’inscrivent dans une logique préoccupante d’ouverture au secteur privé. Les moyens alloués risquent de bénéficier à des structures privées tandis que les familles les mieux informées ou les plus aisées auront les moyens de financer des AESH privé·es ou consulter des spécialistes par exemple. Les PAS contribuent ainsi clairement à aggraver le tri social. 

Malgré les réserves exprimées à plusieurs reprises par les parlementaires, le ministère poursuit l’extension de ces dispositifs sous couvert d’expérimentation. Tout laisse penser qu’il cherche à les installer progressivement comme une évidence. 

Pour notre académie, dès la rentrée 2026, il y aura 7 PAS dans l’Allier, 4 dans le Cantal (3 déjà installés en 2025) 5 en Haute-Loire et 10 dans le Puy de Dôme. 

Cette politique traduit une volonté de réduire le recours aux AESH et de faire reposer davantage l’école inclusive sur les enseignant·es. Le 29 mai dernier, devant l’Assemblée nationale, le ministre se félicitait d’une baisse de 6 à 8 % des notifications d’aide humaine dans les départements de l’Aisne et de la Côte-d’Or depuis l’expérimentation des PAS.

Aujourd’hui déjà, le manque d’AESH dans de nombreuses écoles et établissements, combiné à des effectifs de classe toujours plus élevés, crée des situations particulièrement difficiles pour les personnels. Les collègues se retrouvent trop souvent seul·es face à des besoins d’accompagnement importants sans les moyens humains nécessaires. Cette dégradation des conditions d’accueil des élèves en situation de handicap pèse sur l’ensemble de la classe, accroît la charge de travail des enseignant·es et rend l’exercice du métier toujours plus difficile. Au lieu de répondre à cette réalité par des recrutements massifs et une véritable reconnaissance du métier d’AESH, le ministère poursuit une logique d’économies budgétaires qui affaiblit l’école inclusive.

Or l’école inclusive ne peut se faire sans AESH. Nous en sommes l’un des principaux piliers. L’inclusion ne doit pas devenir une variable d’ajustement budgétaire de l’Éducation nationale.

De même, il ne saurait être question de remettre en cause les principes de la loi de 2005 sur l’égalité des droits et des chances des personnes en situation de handicap. Son application exige des moyens humains, des personnels formés et reconnus, et non un transfert toujours plus important des responsabilités vers les enseignant·es.

Selon le ministère, il y a nécessité à passer d’une logique de compensation du handicap, grâce notamment à l’accompagnement humain, à celle d’une amélioration de l’accessibilité notamment en terme d’ apprentissages. Nous craignons que ce nouveau dispositif n’accroisse encore l’isolement des collègues enseignant·es, qui se retrouveraient avec quelques conseils, quelques formations et du matériel pour faire face à des situations parfois très complexes. Vous, enseignant·es, devrez alors être capables de gérer tous les élèves à besoin éducatifs particuliers et serez responsables du parcours de l’élève. Les pressions institutionnelles et la charge mentale qui pèsent déjà sur les équipes risquent de s’alourdir encore.

Il serait alors facile pour l’institution de faire porter aux personnels la responsabilité de l’échec d’une inclusion pensée sans moyens suffisants. Cette situation accentuerait encore la perte de sens du métier alors que les enseignant·es n’ont pas vocation à se substituer aux personnels spécialisés. Si la spécialisation existe, c’est parce qu’elle répond à des besoins réels.

Les AESH se mobilisent ce mardi 9 juin pour défendre leur métier, mais aussi une certaine conception de l’école inclusive : une école qui donne réellement les moyens d’accueillir tou·tes les élèves. Défendre les AESH, c’est défendre les droits des élèves en situation de handicap, mais aussi les conditions de travail de l’ensemble des personnels et l’avenir de l’école inclusive.

Le 9 juin, mobilisons-nous ensemble.

CGT Éduc'action Clermont-Ferrand