Clermont-Ferrand, le 10 septembre 2026
Le 1er septembre, jour de rentrée scolaire, la ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage, Sabrina Roubache, a choisi Clermont-Ferrand pour faire sa rentrée.
Au programme : visite du lycée professionnel Gergovie, du lycée Lafayette et de l’Institut des Métiers, avec un discours largement consacré à l’apprentissage, aux formations « colorées » et au rapprochement toujours plus étroit entre l’École et les entreprises. À l’Institut des Métiers, qui accueille environ 1 800 apprentis et 200 adultes dans près de 70 formations, la ministre a une nouvelle fois présenté l’apprentissage comme une « voie d’excellence ».
Pour la CGT Éduc’action 63, cette visite ressemble surtout à une opération de communication destinée à défendre le bilan des deux quinquennats Macron et à poursuivre, coûte que coûte, les mêmes orientations.
Deux quinquennats Macron : un démantèlement méthodique de la voie professionnelle
Depuis 2017, les lycées professionnels ont subi deux réformes successives qui ont profondément dégradé les conditions d’apprentissage et de travail : réforme Blanquer, puis réforme Macron de la voie professionnelle.
Réduction des enseignements généraux, développement des périodes de formation en entreprise, parcours différencié, transformation de la carte des formations, multiplication des dispositifs au service de « l’employabilité » : tout est fait pour rapprocher toujours davantage le lycée professionnel des besoins immédiats du patronat.
Et pourtant, le gouvernement continue de présenter cette politique comme une réussite.
La réalité vécue par les élèves et les personnels est tout autre.
Lors de la session 2026 du baccalauréat, les élèves ont notamment passé leurs épreuves dans des conditions de chaleur accablantes. La CGT Éduc’action avait notamment demandé en amont que les épreuves soient organisées les matins afin d’anticiper les épisodes de canicule. Le ministère n’a pas entendu ces alertes.
Dans le même temps, les accidents graves et les décès de jeunes en entreprise ont rappelé une évidence : l’entreprise n’est pas un lieu de formation, l’entreprise met en danger notre jeunesse.
Les PFMP ne peuvent pas être considérées comme une simple variable d’ajustement permettant de répondre aux besoins de main-d’œuvre. La CGT Éduc’action continue de revendiquer leur réduction, leur sécurisation et la transformation de leur contenu en véritables temps de pratique et d’observation.
Des « métiers en tension » mais toujours pas les moyens nécessaires
À Clermont-Ferrand comme ailleurs, le gouvernement parle de métiers en tension et de réindustrialisation.
Mais où sont les moyens à la hauteur de ces ambitions ?
La transformation de la carte des formations se fait essentiellement à moyens constants, en fermant ou transformant certaines formations pour en ouvrir d’autres, sans véritable investissement massif dans les lycées professionnels publics.
Pour la CGT Éduc’action 63, cette logique doit être profondément remise en cause.
Former mieux, c’est d’abord former dans de bonnes conditions.
Nous revendiquons des formations de qualité avec des effectifs réduits à 20 élèves maximum en baccalauréat professionnel et 15 élèves maximum en CAP.
Aujourd’hui, certaines formations accueille 30 élèves dans une classe, auxquels peuvent s’ajouter des apprenti·es présent·es dans les mêmes cours, sans que ces dernier·ères soient pris en compte dans les effectifs.
Cette situation dégrade les conditions d’apprentissage des élèves comme les conditions de travail des personnels. Elle rend également beaucoup plus difficile l’accompagnement individualisé, notamment pour nos élèves fragilisés ou en situation de handicap.
Réduire les effectifs, ce n’est pas une mesure magique à moyens constants : cela suppose nécessairement de créer des classes supplémentaires et donc de recruter des personnels.
C’est précisément ce que le gouvernement refuse de faire.
La CGT Éduc’action 63 revendique donc un véritable investissement dans le lycée professionnel public : plus de classes, plus d’enseignant·es, plus de personnels éducatifs et davantage de moyens pour permettre à chaque jeune de réussir.
La transition écologique, la rénovation énergétique, les transports, l’industrie, la santé et les services publics nécessitent des personnels formés et qualifiés.
Il faut donc développer les capacités d’accueil des lycées professionnels publics, en créer de nouveaux, créer les formations correspondant aux besoins sociaux et écologiques de demain et donner aux personnels les moyens de les faire vivre.
Pas organiser la formation professionnelle en fonction des besoins immédiats des entreprises et du bassin local.
À Gergovie, des drones et une nouvelle coloration de la voie professionnelle
La ministre a également visité le lycée professionnel Gergovie, notamment autour de la « coloration drone » proposée par l’établissement.
Pilotage, observation, électronique, cybersécurité : le ministère présente cette formation comme une réponse aux besoins de la « filière sécurité ». Sabrina Roubache revendique elle-même des formations « au plus près des métiers et des besoins des territoires ».
Mais jusqu’où irons-nous dans la coloration des formations ?
La CGT Éduc’action 63 refuse que le lycée professionnel devienne une simple antichambre des besoins des secteurs économiques ou sécuritaires.
Nos élèves ne sont ni de la chair à patron, ni de la chair à canon !
Former des jeunes aux technologies contemporaines, oui. Leur permettre d’acquérir des connaissances scientifiques, techniques et générales solides, oui. Mais l’École publique doit former des citoyennes et des citoyens libres, capables de comprendre et de transformer le monde dans lequel ils et elles vivent.
Elle ne doit pas être mise au service d’une logique de recrutement immédiat ou d’une quelconque militarisation des parcours de formation comme cela est le cas dans de nombreux établissements.
« Moins d’AESH mais mieux d’AESH » : quel mépris !
Lors de la visite à Gergovie, notre co-secrétaire départementale a également pu interpeller la ministre sur la situation des élèves en situation de handicap.
Ces élèves sont aujourd’hui trop souvent accueillis dans les établissements sans les moyens humains nécessaires, avec des équipes d’AESH en nombre insuffisant, des personnels précarisés et des conditions d’accompagnement qui ne permettent pas de répondre correctement aux besoins.
La réponse de la ministre : « moins d’AESH mais mieux d’AESH ».
Pour la CGT Éduc’action 63, cette formule est profondément révélatrice du mépris porté aux réalités vécues par nos élèves et les personnels.
Ce ne sont pas moins d’AESH dont les élèves ont besoin. Ce sont davantage d’AESH, mieux formé·es, mieux rémunéré·es, avec un véritable statut de la fonction publique (catégorie B).
La réussite de l’inclusion ne peut pas reposer sur le dévouement permanent de personnels précaires et des équipes pédagogiques auxquels on demande toujours davantage.
Le leasing social : répondre à la précarité ou compenser les carences des transports ?
La ministre a également mis en avant son projet de « leasing social » destiné notamment aux apprenti·es rencontrant des difficultés de mobilité, avec la perspective de proposer des solutions de location de voitures sans permis sous conditions sociales.
Sur le papier, faciliter la mobilité des jeunes peut sembler positif.
Mais là encore, le gouvernement soigne les conséquences plutôt que les causes.
Quand un jeune doit disposer d’une voiture pour pouvoir se rendre en formation ou sur son lieu de stage, la question devrait être celle du développement des transports publics et de leur gratuité, particulièrement dans les territoires ruraux et périurbains, mais aussi celui de l’accessibilité au service public d’éducation sur l’ensemble des espaces et des départements.
La réponse à la précarité des jeunes ne peut pas être de les endetter ou de faire peser sur elles et eux la responsabilité de financer leur mobilité.
Nous revendiquons des transports publics accessibles, développés et gratuits pour les jeunes en formation.
Les certificats de spécialisation : le « dernier kilomètre » de la réforme Macron ? Non merci !
La ministre entend désormais transformer les certificats de spécialisation à bac +1 en véritables formations de l’enseignement supérieur.
Le gouvernement reconnaît lui-même que seules 4 000 places ont été créées sur les 20 000 annoncées pour ces formations. Il entend maintenant modifier leur statut afin de les inscrire davantage dans l’enseignement supérieur.
Cette réforme est présentée comme le « dernier kilomètre » de la réforme Macron de la voie professionnelle.
Pour la CGT Éduc’action, il s’agit surtout de poursuivre une logique déjà largement contestée.
Après avoir désorganisé le lycée professionnel, le gouvernement veut maintenant prolonger le parcours des élèves par une succession de dispositifs et de « sas » dont l’objectif premier reste l’adaptation de la jeunesse aux besoins des entreprises.
Les jeunes de la voie professionnelle ont droit à une véritable formation, pas à une succession de dispositifs non diplômant destinés à améliorer leur « employabilité ».
L’École n’est pas une entreprise
À travers cette visite ministérielle, un fil rouge apparaît clairement : apprentissage, entreprise, métiers en tension, colorations, employabilité, mobilité professionnelle…
Pour la CGT Éduc’action 63, l’École n’est pas une entreprise.
Le lycée professionnel doit permettre aux jeunes :
- d’acquérir une qualification reconnue ;
- de maîtriser des savoirs professionnels et généraux solides ;
- de développer leur esprit critique ;
- de poursuivre leurs études s’ils et elles le souhaitent ;
- d’accéder à des droits et à un emploi stable ;
- de devenir des citoyennes et citoyens pleinement émancipés.
Nous refusons que les élèves soient considéré·es comme une future main-d’œuvre à mettre à disposition des entreprises.
Nous voulons un lycée professionnel émancipateur !


