Une proposition de loi est en discussion à l’assemblée nationale pour que des cours soient dispensés sur le “savoir manger”.
Interrogée par TF1, la CGT Éduc’action a résumé sa position en dix secondes d’antenne : nous sommes critiques face à un dispositif sans moyens. Car une question demeure, simple et essentielle : comment apprendre à bien manger quand on n’a rien à manger ?
(Voir notre passage sur la matinale de TF1 ici à 11min)
La réalité sociale, ce n’est pas un détail !
Nous avons choisi de réaliser notre prise de parole devant l’école Aristide Briand, à Clermont-Ferrand. Dans cet établissement, parents et personnels se sont récemment mobilisés pour obtenir le relogement de deux familles qui vivaient à la rue.
Comment parler d’équilibre alimentaire à des enfants qui n’ont pas de toit ? Comment dispenser un cours sur la nutrition à celles et ceux qui arrivent le ventre vide ?
Cette question, nous l’avons posée dans notre intervention – une partie qui n’a pas été diffusée.
La réalité sociale n’est pas un détail. Elle est le point de départ de toute réflexion sérieuse.
Selon un rapport parlementaire, 3 enfants sur 20 viennent à l’école sans avoir pris de petit-déjeuner. À Clermont-Ferrand, certains collèges distribuent du pain le matin pour éviter que les élèves ne suivent les cours le ventre vide. Voilà le quotidien.
Des « bonnes intentions » sans moyens !
Le journaliste a fait remarquer que cette proposition de loi partait d’une bonne intention. Nous avons rétorqué que “l’enfer est pavé de bonnes intentions”.
Mettez vous à la place d’un élève qui n’a rien à manger et à qui on explique comment bien manger. Le décalage est violent !
Il révèle une contradiction profonde entre les discours et la réalité vécue dans nos établissements.
Car cette nouvelle annonce ne s’inscrit pas dans une politique globale de renforcement du service public d’éducation. Bien au contraire. Au même moment :
- le gouvernement supprime 4 000 postes d’enseignant·es,
- les classes sont surchargées,
- les programmes sont de plus en plus intenables,
- la santé mentale des jeunes devient une question majeure de société,
- aucun moyen supplémentaire n’est donné en vie scolaire,
- les personnels sociaux et de santé sont en sous-effectif chronique (infirmier·es, Psy-EN, médecins scolaires),
on nous annonce un nouvel enseignement !
Nous avons déjà connu cela avec l’EVAR-S : un dispositif pour lequel nous avons milité, mais qui reste une coquille vide faute de moyens, reposant sur l’engagement militant et le bénévolat des équipes.
Nous refusons que l’éducation à l’alimentation suive le même chemin :
Un enseignement sans horaires dédiés, sans formation, sans personnels supplémentaires, sans politique sociale ambitieuse, ce n’est pas une réponse : c’est un affichage.
L’enjeu n’est pas pédagogique, il est politique !
Éduquer au « bien manger » ne peut pas se limiter à une approche comportementale ou morale. Le risque est réel de faire peser sur les familles et les élèves la responsabilité de déséquilibres qui relèvent en réalité des inégalités sociales.
On ne corrige pas la précarité par un cours.
Si l’on veut réellement agir pour la santé des jeunes, alors il faut traiter la question à la racine.
Notre revendication est claire :
Avant d’expliquer comment bien manger, assurons-nous que toutes et tous puissent manger.
Il est urgent d’obtenir :
- la gratuité des petits déjeuners et des repas scolaires,
- des repas équilibrés,
- issus de l’agriculture biologique,
- en circuits courts,
- accessibles à tous les élèves.
Le coût de cette mesure ? La question devient indécente quand des enfants ont faim.


