Déclaration CAPA PLP

Monsieur le Recteur,

Mesdames et Messieurs les membres de la CAPA

Nous terminons une année scolaire durant laquelle Monsieur le Ministre s’est enfermé pendant des semaines dans la posture du « tout va bien à l’école », « nous sommes prêts » alors que rien n’était prêt et que la situation sanitaire connaissait une dégradation évidente malgré les différentes alertes de la part de la CGT Educ’Action, du Snuep FSU et des autres organisations syndicales. Manque d’équipement de protection individuel (masques, masques pédagogiques…), des classes et établissements surchargées entraînant de nombreuses fermetures de classes et d’établissements et des personnels qui ont su et dû s’adapter à la dernière minute, dans la précipitation à des protocoles et consignes divulgués sur BFM ou TF1. Le “tout est prêt” s’est traduit en réalité par le “démerdantiel” où chacun et chacune a dû innover, inventer, donner de son énergie et de sa poche pour pallier l’impréparation de cette année. Il est certain que Monsieur le Ministre de l’Education, de la jeunesse et des sports n’a pas pu préparer la rentrée tout en faisant du poney ou du canoë ! 

Cette année 2020-2021, a été un immense gâchis pour les élèves, et encore plus pour ceux et celles des lycées professionnels car ce gouvernement n’a pas donné à l’école les moyens qui lui aurait permis de mieux traverser cette crise, alors qu’il proclamait son « quoi qu’il en coûte » lorsqu’il fallait aider les entreprises. 

Nos lycéen·nes faisant partis des élèves les plus fragiles n’ont pas eu les moyens qu’ils auraient dû avoir pour affronter la crise car plus fragiles socialement, psychologiquement, économiquement et donc plus sujet à la déscolarisation, aux addictions, aux comportements à risques… Rien n’a été fait pour lutter contre le décrochage scolaire ! Rien n’a été fait non plus ni anticipé pour cadrer les PFMP par exemple et assurer une égalité entre les élèves ! Dans la même logique, Monsieur le Ministre à montrer tout son mépris pour nos lycéen·nes en ne divulguant les modalités des épreuves du BAC Pro seulement deux semaines avant l’épreuve ou en s’entêtant à maintenir l’oral du « Chef d’œuvre » pour les CAP, dispositif hautement idéologique, impossible à préparer correctement en classe et qui pénaliseront les élèves les plus fragiles.  Rien n’a été fait pour permettre aux élèves de passer sereinement leur examen ! En cette fin d’année, rien n’a été anticipé, en conséquence, les personnels et les élèves se sont retrouvés dans une situation de stress qui aurait pu être évitée.

Cette crise de la COVID 19 a aussi confirmé que pour garantir aux élèves une réussite scolaire, un apprentissage citoyen, un projet professionnel, un épanouissement, il est pourtant indispensable que les élèves puissent travailler en effectifs réduits de façon permanente. Seules des DHG suffisantes peuvent permettre une qualité d’apprentissage et aider réellement à surmonter les difficultés de tous et toutes. Malheureusement dans nos LP, les DGH ne sont pas à la hausse et la réforme de la voie professionnelle accentue et entérine la baisse des heures élèves et des enseignements généraux et professionnels. Ces baisses sont camouflées par la mise en place du Chef d’œuvre, de la co-intervention et de l’AP qui vide nos apprentissages de leur substance, augmentent la charge de travail des personnels et contribue à faire perdre le sens du métier.

A cette insuffisance de moyens s’ajoute dans nos établissements, l’obligation  d’effectuer deux heures supplémentaires, ce qui va laisser aux enseignant·es moins de temps pour les élèves et leur imposer des conditions de travail dégradées voire insoutenables.

La situation devient intenable pour beaucoup de personnels. Évidemment, l’institution ne veut pas voir la baisse des candidat·es au concours, les demandes de ruptures conventionnelles et les « Burn out ». Comme elle refuse de voir que le service de santé est complètement débordé et ne peut être suffisant face à une institution qui maltraite ses personnels. Seulement 3 médecins du travail dans l’académie de Clermont-Ferrand pour 20 000 agents, notre employeur ne respecte pas son obligation des moyens et de résultats en matière de santé et de prévention comme définit par le Décret de 1982 : au minimum 8 médecins seraient nécessaires d’après ce décret. 

Pour couronner le tout de la mal-traitance, nous ne pouvons pas oublier l’attitude méprisante de Monsieur le Ministre suite à la mort atroce, dramatique et traumatisante de notre collègue Samuel Paty transformant notre deuil en une simple minute de silence. 

En ce qui concerne les lycéen·nes en particulier, alors que Monsieur le Ministre vante sa réforme de la voie professionnelle pour faire de nos formations des « filières d’excellence », combien à ce jour ont obtenu une place pour une poursuite d’étude souhaitée en « 1er vœux » dans la roulette Parcoursup sachant que seul 4% d’entre eux et d’entre elles ont des chances de réussir ? Combien sont sur liste d’attente et combien ont abandonné lors de leur enregistrement sur la plateforme ? Combien d’entre eux et d’entre elles vont rentrer dans le monde du travail ? Combien vont pointer à Pôle emploi dès ce mois de juillet ?

La CGT Educ’action et le Snuep FSU condamnent encore une fois la suppression des postes : 51 en tout dans le 2nd degré pour notre académie, rendant là encore les conditions d’étude et de travail de plus en plus difficile. Nous ne faisons pas le même métier et nos élèves n’ont pas les mêmes conditions d’étude dans une classe avec 12 élèves, 24 élèves ou 30 élèves voir 36 pour les filières tertiaires et cela sans compter les élèves en apprentissage qui ne sont pas compter dans nos effectifs alors qu’ils et elles sont bien en classe.

Comment pouvoir garantir l’équité et l’égalité dans nos LP quand tout est fait sous couvert de suivi individuel pour multiplier les parcours d’études : CAP en 1 an, 2 ans ou 3 ans, élèves sous statut scolaire qui peuvent devenir apprenti·es mais qui peuvent redevenir sous statut scolaire si l’apprentissage ne fonctionne pas. La CGT Educ’action et le Snuep FSU ne peuvent que s’inquiéter du développement de l’apprentissage au sein des LP et de son subventionnement massif au détriment de nos élèves de lycées professionnels. Cette entrée de l’apprentissage dans nos lycées c’est l’annonce d’une mort programmée délibérément organisée par Monsieur le Ministre.

Nos organisations syndicales dénoncent aussi l’utilisation de plus en plus importante de contractuels, variable d’ajustement précaire qui pallie les manques structurels de notre institution. Cette contractualisation de nos professions notamment pour les professeur.es de matières professionnelles est aussi inquiétante car permet de développer des relations de vassalité de ces personnels envers le.la chef.fe d’établissement et / ou le.la DDFPT. Parallèlement, la CGT Éduc’action et le Snuep FSU s’inquiètent du blocage des mutations inter-académiques où pour certaines disciplines ou métiers aucune entrée ne s’est faite ou très peu (une seule par exemple en Lettres-Histoire). Cette situation accentue les difficultés pour des personnels qui sont éloigné.es de leur famille, de leurs proches, isolé.es dans des académies lointaines durant des années voir même des dizaines d’années. Quel mépris !

A propos de la revalorisation salariale, la CGT Educ’Action et le Snuep FSU n’attendaient rien des résultats du Grenelle de l’Éducation et l’avaient même quitté dénonçant la parodie de dialogue social et le danger que les futures mesures pouvaient constituer pour les personnels, au regard des annonces. La CGT Éduc’Action et le Snuep FSU considèrent que toutes les éventuelles mesures qui pourraient en sortir (et qui sont pour le moment très floues) relèvent principalement de l’agenda social mené depuis deux ans au sein du ministère. En clair, il n’y avait pas besoin d’un Grenelle pour parvenir à de tels résultats.

La principale annonce reste la future dotation non plus de 400 millions d’euros annoncée initialement mais de 245 millions devant permettre une soi-disant « revalorisation salariale » en 2022. Si nous savons déjà qu’il n’y aura pas d’augmentation indiciaire et que c’est l’individualisme qui primera, nous ne savons pas en revanche qui en bénéficiera ni les modalités d’attribution. Depuis le début de son mandat, Monsieur le Ministre n’a de cesse de parler de revalorisation salariale mais nous l’attendons toujours ! Dans les faits, ce n’est qu’austérité et réduction qui guide sa politique : 600 millions d’euros sur notre budget a été rendu au Ministère des finances et pendant ce temps des personnels vivent sous le seuil de pauvreté. La CGT Educ’Action et le Snuep FSU revendiquent une augmentation immédiate de 400€ pour tous les personnels !

La CGT Éduc’Action et le Snuep FSU dénoncent aussi ce nouveau recours aux augmentations indemnitaires car source d’inégalités, qui touchent d’ailleurs principalement les femmes.

Nos organisations syndicales connaissent l’idéologie de Monsieur le Ministre Blanquer, sa vision ultralibérale des établissements et de l’École en général, ou son goût pour l’aspect « managérial » des missions des personnels de direction… Elles refuseront toute tentative de s’attaquer aux statuts des personnels, d’augmenter leur charge de travail et de dégrader encore un peu plus leurs conditions de travail, en appelant les personnels à se mobiliser dès qu’il le faudra. Et ce n’est pas le PPCR qui va permettre une revalorisation salariale.

Nous profitons de cette CAPA d’avancement accéléré des PLP pour rappeler que ces modalités d’évaluation des enseignant·es conduisent au découragement des collègues dont certain·es se sentent victimes de l’arbitraire le plus total avec des appréciations finales souvent perçues comme injustes. Nous souhaitons ainsi rappeler que dans l’Éducation, l’austérité se poursuit aussi avec le gel du point d’indice et que, d’après une étude de l’Insee, les rémunérations des professeur·es sont inférieures de 24 % à celles des autres fonctionnaires de catégorie A.

La CGT Éduc’Action et le Snuep FSU tiennent à réaffirmer ses revendications pour une véritable revalorisation salariale garantissant l’égalité professionnelle par notre attachement à un système égalitaire d’avancement automatique sur 18 échelons, par une promotion déconnectée de l’évaluation professionnelle, par une grille indiciaire de rémunération compensant la perte du pouvoir d’achat depuis 2000 et reconnaissant nos qualifications.

Enfin, nous profitons de cette CAPA pour, une nouvelle fois, dénoncer la mise à mort du paritarisme par  Monsieur le Ministre Blanquer. Le paritarisme a permis le blocage aux favoritismes et passe‐droits divers. C’est un conquis en matière de transparence et de traitement égalitaire des carrières des personnels et une garantie d’indépendance du service public d’Education. C’est pour cela que le rôle des CAPA a été très fortement réduit. Les élu·es CGT Educ’Action et Snuep FSU siègent sur la base de l’intérêt des personnels et revendiquent que les CAPA retrouvent leurs attributions et leurs fondements comme l’a été pensée par la loi d’Anicet le Pors en 1982. Cette mort de la démocratie au sein notre institution n’est pas surprenante venant de Monsieur le Ministre qui a l’insulte facile vis à vis des organisations syndicales, nous qualifiant de “radicalisés” voir même “d’islamo-gauchistes”. Cela montre bien toute la considération qu’a Monsieur le Ministre pour le dialogue social. 

Les résultats du mouvement intra-académique ont été divulgués ce mardi 22 juin 2021, nos organisations syndicales ne peuvent là encore que dénoncer l’opacité de ce mouvement et les délais de plus en plus tardifs pour leur divulgation. Ces mutations s’effectuent sans aucun contrôle des instances paritaires entraînant une dégradation des relations entre les personnels et l’administration et laissant place à la suspicion de clientélisme et d’inégalité de traitement. Fournir aux élu.es légitimes que nous sommes les listes complètes des PLP muté.es, ainsi que les barres, seraient un signal concret positif – et finalement bien peu de choses.

Pour finir, la CGT Educ’Action et le Snuep FSU dénoncent et condamnent aussi la répression sans limite qu’exerce Monsieur le Ministre envers les personnels mobilisés contre les réformes Blanquer et notamment contre les E3C que ce soit à Melle, Cahors, Besançon, Montauban mais aussi à Clermont-Ferrand. Nous dénonçons aussi la position de M Le Recteur de l’académie de Clermont-Ferrand qui a toujours refusé de recevoir la CGT Éduc’action, le Snuep FSU et l’intersyndicale concernant la plainte contre les responsables syndicaux suite à l’action syndicale de Blaise Pascal le 18 janvier 2020. La CGT Educ’action et le Snuep FSU ne peuvent que réitérer la demande d’une audience auprès de Monsieur le Recteur afin qu’il puisse donner des garanties à ses personnels réprimés qu’ils n’auront pas de sanctions administratives. 

Nous concluons par nos remerciements aux salarié·es du rectorat qui subissent eux et elles aussi de plein fouet les restrictions budgétaires avec des suppressions de postes ainsi que la dégradation de leurs conditions de travail avec le dogme « faire toujours mieux et plus avec toujours moins de moyens ».

Le vendredi 24 juin 2021, CAPA Avancement accéléré -refus de demande de formation professionnelle