BLANQUER : Doit-on séparer l’homme du ministre de l’Éducation nationale ?

Au lendemain de la cérémonie des Césars 2020, Jean-Michel Blanquer était l’invité d’Elisabeth Martichoux sur LCI. Elle l’a interrogée sur la remise des prix lors de cette cérémonie et notamment sur celui attribué à Roman Polanski (meilleur réalisateur). Notre ministre de l’Éducation nationale s’est encore fait remarquer par une sortie de route extraordinaire…

JMB : “Trop facile d’avoir des points de vue tout faits…”

Dans un premier temps, Jean-Michel Blanquer a affirmé qu’il ne fallait pas avoir “de points de vue tout faits”. Rappelons que Roman Polanski est accusé de viol sur une dizaine de femmes-actrices, alors mineures à l’époque. Ce dernier a été condamné en 1977 par la justice américaine pour viol sur mineure de 13 ans, condamnation à laquelle il s’est dérobé en fuyant les Etats-Unis. Ainsi, ce n’est donc pas avoir “des points de vue tout faits” que de croire la parole des victimes et de reconnaitre les décisions de justice. Polanski est un pédocriminel !

JMB “Il faut être attentif à toujours bien distinguer l’œuvre de l’auteur. Je continuerais à regarder la Joconde même si j’apprenais beaucoup de défauts de Léonard de Vinci”

Poussée par la journaliste pour qu’il se prononce sur le sujet, Jean-Michel Blanquer a expliqué l’importance “d’être attentif à toujours bien distinguer l’œuvre de l’auteur”. Selon lui, les oeuvres littéraires et artistiques dépassent les auteurs et font donc partis de la culture.

Les auteurs et les artistes ne donnent-ils pas à voir ou à lire leurs ressentis, leurs points de vue, leurs visions politiques sur la société où ils vivent ? Les œuvres d’Aimée Césaire ne sont-elles pas empreintes de la philosophie de la négritude ? Les peintures de Picasso ne sont-elles pas à l’image de son auteur, de ses tourments, de ses joies et de ses engagements politiques ? Pour faire de la provocation, pourrions-nous aujourd’hui séparer l’œuvre artistique certes médiocre de Hitler et son rôle politique et génocidaire ? Monsieur le ministre de l’Education nationale, revoyez vos leçons sur le rôle de l’artiste dans son écriture et sa peinture.

Jean-Michel Blanquer s’est davantage enlisé en nous expliquant qu’il regarderait “la Joconde même s’il “apprenait beaucoup de défauts de Léonard de Vinci”. Cette phrase en dit long sur la vision de Blanquer concernant les violences faites aux femmes. Ces violences résulteraient pour lui de défauts de certains hommes et non d’une oppression spécifique que subissent les femmes simplement parce qu’elles sont des femmes. Sait-il qu’en 2019, 149 féminicides ont eu lieu ? Sait-il qu’une femme sur trois en France a subit des violences physiques et morales ? Le viol est un crime, qui détruit et marque à vie les femmes qui le subissent.

Blanquer, par cette phrase, décriminalise les violeurs et les agresseurs. Il ballait ces violences d’un revers de manche. Quelle sera sa position lorsqu’un professeur ou un élève agira de la sorte ? Faudra-t-il différencier le prédateur sexuel du bon prof ? Faudra-t-il séparer le bon élève du violeur ? Car finalement ce ne serait qu’un défaut parmi d’autres qualités.

La CGT Educ’action est solidaire et lutte aux côtés des femmes pour dénoncer et combattre toutes les violences qu’elles subissent et nous déplorons les paroles de ce ministre ignorant qui mérite que “l’on se lève et que l’on se casse”. (V. Despentes).

Jean-Michel Blanquer sur LCI : https://www.programme-tv.net/news/cinema/250270-cesar-2020-letrange-parallele-de-jean-michel-blanquer-sur-roman-polanski-je-continuerais-a-regarder-la-joconde-meme-si-video/

Tribune de Virginie Despentes : https://www.liberation.fr/debats/2020/03/01/cesars-desormais-on-se-leve-et-on-se-barre_1780212

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