Quand rentrée rime (encore…) avec impréparation !

Dans un peu plus de 15 jours désormais, la rentrée des classes sera là. Alors que malheureusement une seconde vague de la Covid-19 n’est pas à exclure, comment se déroulera la rentrée ? Retrouvez ci-dessous le communiqué de nos camarades de l’Académie de Lyon : 

Le 27 juillet, le conseil scientifique français Covid 19 indiquait : “Il est hautement probable qu’une seconde vague épidémique soit observée à l’automne ou hiver prochain. L’anticipation des autorités sanitaires à mettre en place opérationnellement les plans de prévention, de prise en charge, de suivi et de précaution est un élément majeur.” Cette affirmation, confirme les inquiétudes portées par la CGT Éduc’action quant au manque d’anticipation et de préparation de l’Éducation nationale pour cette rentrée 2020. 

Une vaste étude sud-coréenne publiée dans le journal états-unien du Centre de contrôle des maladies infectieuses et portant sur des données de traçage auprès de 65000 personnes concluait mi-juillet que les jeunes de 10 à 19 ans transmettent la Covid-19 tout aussi efficacement que les adultes. 

Une étude américaine a récemment mis en évidence par ailleurs que les enfants de moins de cinq ans contaminés sont porteurs d’une charge de matériel génétique du coronavirus beaucoup plus élevée que celle des adultes, amenant la communauté internationale à réinterroger l’idée d’enfants en bas âges qui ne seraient pas vecteurs de contamination potentiels. 

Si rien n’est sur ce plan définitivement établi, l’incertitude scientifique invite à la prudence et à la mise en oeuvre du principe de précaution, notamment en termes d’organisation du travail et d’accueil en milieu scolaire. 

Pourtant, force est de constater que l’improvisation reste de mise à l’Éducation nationale, le ministère publiant le 10 juillet une circulaire de rentrée n’envisageant que le retour à la normale dans le cadre d’un protocole sanitaire très allégé, puis faisant paraître une semaine plus tard les détails d’un “plan de continuité pédagogique”, en cas d’aggravation de la menace épidémique, caractérisé par des propositions qui restent très floues et l’absence de tous moyens concrets. 

Alors que l’Italie prépare sa rentrée en créant 50 000 postes supplémentaires dans l’éducation, et en investissant dans l’achat de 2 millions de tablettes pour équiper les élèves, l’Éducation nationale en France en est encore à bricoler au coup par coup sur le plan de l’équipement numérique et des mesures de protection nécessaires, tout comme sur le plan de la formation des personnels et élèves. 

En revoyant les mesures de prévention à la baisse, le nouveau protocole sanitaire engage le risque devoir l’école contribuer à la relance épidémique et donc d’impacter à terme la possibilité d’accueillir les élèves en présentiel, au lieu d’organiser cet accueil de manière sécurisée, durable et pérenne. 

Le plan de continuité pédagogique publié évoque l’intérêt de constituer “un pool d’équipements informatiques mobiles homogènes (…) pour prêt aux élèves et professeurs pour l’enseignement à distance” mais aucune directive concrète ni budgétaire n’est donnée. Sur le plan opérationnel, aucune chaine logistique ne semble avoir été mise en oeuvre. 

Sur le plan des équipements de protection, aucune disposition n’été prise pour assurer la fourniture massive et gratuite aux personnels et aux élèves de masques de qualité professionnelle avec une chaine de collecte et retraitement de nature à éviter le risque de contamination. Les personnels en contact corporel direct avec les élèves (infirmier.es, assistant.es d’élèves en situation de handicap) ne font toujours l’objet d’aucune mesure ni équipement spécifiques. 

Au niveau des effectifs, aucun plan d’urgence n’a été mis en oeuvre. Dans l’Académie de Lyon, les effectifs explosent dans les établissements du secondaire, notamment en lycée d’enseignement général et technologique et en lycées professionnels. Faute d’ouverture de classes nécessaires, le maintien d’une formation professionnelle de qualité respectant les principes de prévention définis par le code du travail et les textes internationaux sera rendu impossible en cas de seconde vague. Encore une fois, les élèves des filières professionnelles risquent d’être largement sacrifiés. 

Sans recrutement pour baisser les effectifs dans l’ensemble du système éducatif, une nouvelle vague risque d’avoir des conséquences dramatiques, tant sur le plan sanitaire que social. Alors que ni la réussite scolaire des élèves, ni leur santé ou celle de leur famille ne devraient être sacrifiées, les mesures nécessaires ne sont pas mises en oeuvre. 

Si enfin, le plan de continuité évoque la nécessité pour les collectivités et les services de l’Éducation nationale d’identifier les locaux vides pouvant permettre d’accueillir plus d’élèves en cas de renforcement du protocole sanitaire, l’absence d’anticipation comme de recrutement des personnels risque une nouvelle fois de faire payer aux élèves et aux familles les conséquences du refus d’investir dans les services publics. 

La CGT Éduc’action continue de réclamer un plan d’urgence pour l’éducation, incluant mesures de préventions réelles et adaptées à la réalité du métier, baisse des effectifs, investissement dans les équipements, formation des élèves et des personnels, réquisition et aménagement de locaux, le tout dans un objectif de prévention maximale du risque épidémique tout en assurant l’accès au service public d’éducation à tous les élèves, en particulier les élèves des classes populaires qui subissent de plein fouet ce manque de préparation”. 

Lyon, le 12/08/2020