Liban : Macron est-il qualifié pour donner des leçons de gestion des risques industriels ?

 

Après l’explosion meurtrière à Beyrouth, le Président Macron est venu poser ses conditions et exiger « les réformes nécessaires pour distribuer l’argent ». La France est-elle à ce point exemplaire en matière de traitement du risque industriel ?

Mardi 4 août 2020, l’explosion de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium a provoqué la mort d’au moins 150 personnes, plus de 5000 blessé-e-s et des centaines de milliers de personnes ont vu leur habitation ravagée. Beyrouth et le Liban sont à genoux. Le 6 août, le président Macron se rend sur place.

Alors que nous aurions pu attendre le déblocage de moyens pour soutenir le peuple libanais, le président français, après avoir rappelé l’aide d’urgence apportée, pose ses conditions : «  les financements sont là, ils attendent les réformes ». Ces propos ont suscité une vague d’indignation d’une partie de la classe politique et de la gauche : NPA, FI, PC, EELV. Toutes et tous rappellent à Macron que le Liban n’est plus un protectorat français.

Un autre aspect sous-jacent à ce déplacement mérite d’être analysé : la France gère-t-elle correctement les accidents industriels ?

Macron donne des leçons. Il attribut « ces évènements » à une négligence «quelque chose dont on ne s’occupe plus ».

Le 21 septembre 2001, ce même nitrate d’ammonium explose à Toulouse dans les entrepôts de l’usine AZF où 300 tonnes étaient entreposées. Cette catastrophe a fait 31 mort-e-s et  2 500 blessé-e-s.

Les autorités françaises s’étaient-elles occupées (il y a 20 ans) de cette concentration d’usines chimiques en plein cœur d’un quartier populaire de la ville ? Il faut savoir qu’à l’époque une catastrophe de plus grande ampleur a été évitée de peu car 20 tonnes de phosgène (gaz hautement toxique) étaient entreposées à quelques mètres. Depuis des années, les riverain-e-s étaient  alerté-e-s sur la dangerosité du site : « On savait qu’on était à côté d’un site à risque. D’ailleurs, on a toujours dit que l’usine allait exploser.” (témoignage de Bernard dans l’Express du 21/09/2012).

Les autorités s’étaient-elles occupées à l’époque de ce site industriel de la grande paroisse ? Les victimes ont-elles été soutenu-e-s ? Les responsables de la société gestionnaire du site ont-ils été condamnés ?

Les réponses à ces questions paraissent évidentes. Pourtant, il a fallu attendre 18 ans pour que le 17 décembre 2019, il y ait confirmation de la condamnation de l’ancien directeur de l’usine, Serge Biechlin, à quinze mois de prison avec sursis, et celle de la société Grande Paroisse, alors filiale de Total, à une amende de 225 000 € par la cour de cassation.

Macron appelle aussi à «  procéder aux opérations de transparences indispensables ».

Le 26 septembre 2019, l’usine Lubrizol de Rouen brûle. Il a fallu attendre le 1er octobre 2019 et des demandes répétées des riverain-e-s appuyées par différentes organisations pour que la préfecture de Seine Maritime publie la liste des produits présents sur le site. Vous avez dit transparence, M. Macron ?

Le 7 juillet 2020, malgré l’opposition de la maire du Petit-Quevilly, du maire de Rouen,  et malgré un avis réservé d’une enquête sénatoriale, les services de l’État ont donné leur accord à une montée en puissance des activités de Lubrizol.

« L’année 2018, avec 1112 accidents et incidents recensés en France dans les installations classées, tend à montrer une évolution croissante de l’accidentologie par rapport aux années 2017 et 2016 avec respectivement 978 et 827 », selon le bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (Barpi) du ministère de la Transition écologique et solidaire dans son dernier inventaire des accidents technologiques publié le 10 septembre 2019.

Ces catastrophes industrielles ne sont malheureusement qu’un révélateur d’un problème beaucoup plus profond. La surproduction impose une exposition permanente à des produits toxiques. La santé des populations, des travailleuses et des travailleurs en pâtit notamment dans la production d’électricité nucléaire, de l’aluminium ou dans l’exposition à l’amiante…

Alors non, Macron n’a décidément aucune légitimité à donner des leçons et à proposer des solutions au peuple libanais. Ce que nous avons besoin, c’est d’une transparence, une sécurité maximale et une réflexion sur d’autres modes de production respectueux de la santé et de la nature.

La CGT de l’AIA rappelle dans son communiqué que cette explosion coïncide avec le 75ème anniversaire des explosions atomiques d’Hiroshima et Nagasaki.

La CGT Educ’action du Puy de Dôme s’associe à la revendication de ratification du traité d’interdiction des Armes nucléaires adopté par l’ONU le 7 juillet 2017 et ratifié par 40 pays. Ce serait un premier pas vers la paix entre les peuples.

La CGT éduc’action milite pour que l’humain, la santé la nature passe avant le profit. Nous reprenons le slogan du collectif toulousain : « plus jamais ça, ni ici ni ailleurs !»