Télétravail : chaotique, souffrance au travail et accroissement des inégalités

TÉLÉTRAVAIL, UNE SEMAINE DÉJÀ !

Depuis lundi 16 mars, et suite aux décisions présidentielles de ces derniers jours, tous les personnels de l’Éducation sont appelés à exercer leurs missions en priorité par le télétravail et à distance.

PREMIÈRE SEMAINE CHAOTIQUE ET AUGMENTATION DE LA SOUFFRANCE DES PERSONNELS

Tout d’abord, contrairement aux annonces de Jean-Michel Blanquer, non, rien n’était prêt et organisé ! Chacun.e a fait comme il/elle a pu pour assurer la continuité pédagogique. Les personnels enseignants ont eu toutes les peines du monde à maintenir cette continuité pédagogique comme demandée, non sans pression, par notre administration. Cette semaine a été rythmée par des bugs informatiques récurrents qui ont montré que les plateformes et logiciels de l’Éducation nationale ne sont, de toute évidence, pas adaptés à la mise en place forcée de l’enseignement à distance : les ENT saturent et tous les outils officiels sont défaillants (CNED). Cette saturation fait exploser la charge de travail des enseignant.es, les plongeant, pour beaucoup, dans une situation de souffrance au travail. Ce sont alors les enseignant.es qui pallient ces problèmes techniques, par leur réactivité, leur créativité et un travail incessant et chronophage. Ces défaillances informatiques ont du coup incité certain.e.s collègues à se tourner vers d’autres formes de communication comme WhatsApp, voire même à donner leurs coordonnées personnelles (propres mails ou numéris de téléphone personnel). Ceci pose de très nombreuses questions essentielles liées aux règles relative à la RGPD (Règlement général sur la protection des données).

D’autre part, pour maintenir l’illusion d’une école qui fonctionne parfaitement, l’institution « pressurise » les enseignant.e.s (multitude de mails envoyés par les recteurs, inspecteurs, proviseurs…) pour qu’ils/elles travaillent à distance à tout prix, sans tenir compte de leur vie personnelle (beaucoup ont elles/eux mêmes des enfants à charge à la maison et doivent assurer leur suivi pédagogique aussi), de leur santé physique et mentale et de l’intérêt réel pour les élèves. À cela s’ajoute la question des collègues volontaires pour garder les enfants des personnels soignants. Ce volontariat est dans le Puy-de-Dôme assez suivi et montre l’engagement, l’entraide de ces personnels. Cependant, ils/elles ne sont en rien déchargés de leur travail auprès de leurs propres élèves. Ils/elles cumulent donc plusieurs travails.

La CGT Éduc’action 63 demande que les personnels volontaires soit déchargés du télétravail !

De plus, tous les personnels ne disposent pas des mêmes moyens pour effectuer cette tâche de télétravail. Dans certains établissements, certain.e.s sont équipé.e.s d’ordinateurs professionnels, mais ceci n’est pas la norme et beaucoup utilisent leurs matériels personnels. Ils/elles investissent dans du matériel qui devraient être payés par l’employeur ! De fait, nous conseillons à tous les personnels de rester professionnels avec les seuls outils officiels qu’ils ont en leur possession. Si ces outils s’avèrent défaillants, c’est l’administration qui en est responsable et à elle seule d’y remédier dans les règles institutionnelles. Il est désormais clair que notre système n’était pas prêt. Un mensonge de plus de Jean-Michel Blanquer !

La CGT Éduc’action 63 appelle tous les personnels à bien garder les factures (ordinateurs, encore, logiciels…) pour demander des comptes au ministre qui refuse d’augmenter nos salaires et de dégeler notre point d’indice. Si ce lundi 23 mars, il a rappelé qu’aucune dépense personnelle devait être engagé par les enseignants dans le cadre du télétravail, il n’en a pas pour autant apporté des solutions…

Ainsi, depuis une semaine, par conscience professionnelle et parce qu’ils.elles connaissent bien trop les difficultés et aussi les inégalités que subissent leurs élèves, les enseignant.es des écoles, collèges, lycées et les personnels de service du département, travaillent à distance, sans compter ni leurs heures ni leurs frais sous une pression plus ou moins forte en fonction des établissements. Cette situation ne peut plus durer car il est illusoire de faire croire aux élèves, aux familles et aux personnels que « l’école à distance » peut remplacer sans aucune faille l’école tout court, que les programmes seront terminés, que faire pleuvoir numériquement des devoirs et activités sur les élèves peut remplacer l’enseignement réel et l’apprentissage en classe. Lors de réunions au ministère le vendredi 13 mars, le ministre a convenu que rien ne remplaçait l’enseignement présentiel, mais que l’enseignement à distance pouvait montrer « une plus-value ». Au regard des premières remontées, la plus-value est plus que discutable !

DES INÉGALITÉS ACCRUS POUR LES ÉLÈVES DANS L’ACCÈS À L’ÉDUCATION

La CGT Éduc’action 63 est consciente que la période est compliquée pour tout le monde, elle l’est bien davantage pour une partie des élèves qui seront, à nouveau, victimes d’une inégalité d’accès aux apprentissages. À ce propos, le ministre affirmait le 12 mars dernier  « qu’aucun enfant de devait être au bord du chemin ». Or, entre les annonces faites sur la mise en place assurée de la continuité pédagogique et la réalité vécue par les élèves et les personnels de l’éducation, le fossé est bien profond et sidérant !

D’une part, il y a une semaine, le ministre évoquait qu’il y avait 5% d’élèves en situation fragile et sans accès à Internet pour lesquel.le.s des solutions seraient trouvées. Depuis lors, aucune information viable ni aucun moyen spécifique n’a été donné par le ministère pour repérer et aider ces élèves. Il a été proposé de donner rendez-vous aux parents dans les supermarchés ou en point relais pour qu’ils puissent avoir les cours de leurs enfants. Aller dans les supermarchés ne comporte aucun risque ? Mais de qui se moque t-on ?

Dans quelques rares établissements, les équipes de direction et les professeur.e.s tentent de pallier en appelant les familles et en prêtant des ordinateurs quand cela est possible, mais force de constater que l’État est, une fois encore, défaillant et coupable d’une véritable rupture d’égalité.

D’autres part, ce chiffre de 5% est bien loin de la réalité dans certains établissements de notre département ! Certains de nos élèves sont issu.e.s de familles défavorisées dont l’accès au numérique est plus que fragile, sinon inexistant, et ont, pour certain.e.s, des difficultés pour subsister au quotidien et des responsabilités au sein du foyer. Nos élèves en ULIS et à besoins particuliers n’ont pas d’AESH à la maison pour les aider. Nos élèves d’UPE2A et/ou mineur.e.s non accompagné.e.s sont, à ce titre, particulièrement fragiles.

Alors, comment assurer la continuité pédagogique quand nos élèves n’ont pas d’ordinateur, ni d’imprimante ou d’accès à Internet ? Comment assurer la continuité pédagogique quand ils/elles doivent s’occuper de la maison, des frères et sœurs, parce que les parents sont contraints d’aller travailler ? Comment assurer la continuité pédagogique quand nos élèves subissent une extrême précarité ? Comment assurer la continuité pédagogique quand les parents doivent eux aussi faire du télétravail sur le seul ordinateur de la maison ?

A l’heure où la nation est appelée par le gouvernement à être solidaire, la CGT Éduc’action 63 pointe du doigts ces manques et demande que l’ensemble de la communauté éducative prenne conscience de ces difficultés dans les approches pédagogiques, mais surtout que l’État assume ses responsabilités et injectent des moyens humains et matériels dans l’éducation !

ET LA SUITE ?

Le 22 mars dernier, Jean-Michel Blanquer affirmait que la rentrée serait le 4 mai prochain, ceci reste à confirmer. Se pose alors la question des examens. Le ministre prépare déjà le terrain en évoquant la possibilité au travail durant le mois de juillet et le mois d’août. Mais il en est hors de question ! La CGT Éduc’action 63 souhaite rappeler à ce ministre visiblement zélé qu’en cette période de télétravail, de continuité pédagogique et administrative, les personnels de l’Éducation nationale, ainsi que les élèves (tous comme les salarié.e.s du secteur privé en télétravail) ne sont pas en congés !

Malgré le travail acharné de tous les collègues, qui font de leur mieux pour préparer leurs élèves aux épreuves de fin d’année, et cela dans une certaine difficulté et dans des conditions particulière, la CGT Éduc’action 63 considère que les élèves ne seront pas correctement prêts à passer leurs différentes épreuves ! Elle se prononce pour l’annulation de tous les examens !

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