CSE : Déclaration de la CGT Éduc’Action

CONSEIL SUPÉRIEUR DE L’ÉDUCATION
(10 décembre 2020)
Voici la déclaration faite par notre organisation :


Nous ne reviendrons pas sur les différentes opérations de communication du ministre, au premier plan desquels le « Grenelle de l’Education » que la CGT a fait le choix de quitter. Les accords de Grenelle en mai 68 ont abouti à des avancées certaines dans le monde du travail, imposées par le rapport de force. Or dans ce « Grenelle de l’Éducation », de dialogue social, il n’en est pas question ou si peu… La CGT Éduc’action a donc refusé de servir de caution à ce qui s’apparente dans les faits à une campagne de communication et de promotion du ministre, lourde de menace sur les statuts et les conditions de travail des personnels.

Concentrons-nous donc sur les missions essentielles de ce ministère que sont les missions d’éducation et de formation. Or ce CSE comporte dans son ordre du jour, outre les textes directement liés à l’enseignement, deux textes relevant de la délégation à l’emploi et à la formation professionnelle qui proposent des mesures d’ajustement du cadre règlementaire après un premier bilan des effets de la loi « Liberté de choisir son avenir professionnel » qui marque une nouvelle étape vers le libéralisme et la marchandisation de la formation professionnelle.

En effet, deux ans après la promulgation de la loi, le bilan est plus que mitigé sur les dispositions introduites par cette réforme et leurs résultats. Dans notre pays en pleine crise économique et sanitaire, la formation professionnelle qui devrait être un élément essentiel de la relance, est aujourd’hui exsangue et plus menacée que jamais.

Dès le début pourtant, la CGT avait dénoncé cette réforme et les mesures imposées par un patronat opportuniste et un pouvoir autoritaire. S’inscrivant dans le droit fil d’une remise en cause du droit du travail, la loi de 2018 marque une étape importante dans la déconstruction des droits à la formation. Essentiellement envisagée pour satisfaire des impératifs économiques à court terme, la formation professionnelle est aujourd’hui pensée et organisée comme une réponse aux besoins immédiats du « marché » et de plus en plus comme l’outil pour adapter le salariat à l’emploi. C’est ainsi que les différentes mesures ont réduit de moitié les droits des travailleurs·euses et favorisent le développement de la formation en dehors du temps de travail alors qu’elle ne répond en grande partie qu’aux tâches auxquelles le patronat destine ses salariés-es.

Dans une société en pleine mutation socio-économique et industrielle, la formation est pourtant un élément clé pour l’acquisition des qualifications nécessaires à la bonne marche économique, tout en permettant à chacun et chacune de se réaliser en tant que citoyen et sur le plan personnel. Or les nouvelles règles issues de la loi de 2018, individualisent toujours plus les droits et rendent chacun et chacune responsable de sa formation tout en restreignant ses choix.

Tout comme la politique ne peut se satisfaire d’une vision à court terme pour garantir la stabilité économique, la formation professionnelle doit permettre l’obtention d’une qualification garantissant à chacun et chacune de pouvoir rebondir et s’adapter tout au long de sa vie. Pour cela, il faut des bases solides que l’Ecole doit garantir à chacun et chacune. Mais pour cela, il faut lui en donner les moyens humains et matériels.

Au niveau de la formation professionnelles initiale, la promotion de l’apprentissage au détriment de la voie scolaire est insupportable. Ces deux voies de formation ne peuvent se concevoir que de manière complémentaire, et l’apprentissage ne peut en aucun cas constituer le modèle unique qui s’imposerait à tous. Or nous constatons chaque jour que malgré les intentions affichées de notre ministre de faire de la voie pro, une voie d’excellence, celle-ci est livrée aux assauts des entreprises privées, qui grâce à la loi de 2018 peuvent aujourd’hui non seulement ouvrir leur propre centre de formation mais aussi

développer leurs propres certifications. La CGT a souvent alerté sur les dangers de cette réforme et les menaces qu’elle fait peser sur l’Education nationale, sur ses diplômes et ses filières. Ainsi, à la faveur des nouvelles dispositions de la loi, on voit arriver des demandes de certifications au motif par exemple, qu’elles portent sur des métiers en émergence ou en particulière évolution alors que ces certifications existent déjà et que les formations qui y conduisent sont délivrées par des établissements publics et donc accessibles à toutes et tous.

Or l’Éducation et la formation professionnelle sont des facteurs majeurs de développement et de cohésion sociale, et plus encore en cette période particulière de crise économique et sanitaire.
Il est donc plus que temps de réagir et de mettre en place un plan d’urgence concédant les moyens nécessaires pour rétablir un véritable service public d’Education et de formation professionnelle. Il est indispensable aussi de revenir sur les mesures qui ont conduit à la perte des droits et des moyens pour la formation, et qui ont développé un secteur concurrentiel dans un domaine qui ne doit en aucun cas être soumis aux lois du marché ou livré au privé. Les moyens financiers existent, les milliards débloqués pour la finance et les grandes entreprises le prouvent.